Pourquoi j’ai mis 10 ans à passer le permis.

Ces dernières années, je me suis rendue compte que ma honte à avoir peur de la route était injustifiée. On est beaucoup à en avoir peur, mais on est moins à l’avouer.

Je suis de la génération « Passe ton permis à 18 ans pour être dans les clous », la génération où à 20 ans, quand on te demande si tu as le permis et que tu dis non, on te sort des phrases bateau du genre :

« Quoi ? T’as pas le permis ? Mais comment tu fais ? »

Et moi, qui vivait en région parisienne à 15 min en bus de mon lycée, 5 minutes en bus de mon école, puis à 15 minutes à pieds de mon boulot, je n’avais pas vraiment besoin du permis pour survivre dans la société. Le reste des sorties, c’était souvent en transports (c’est mieux quand on va sur Paris, ou quand on compte boire), et aussi, j’ai eu des copines compréhensives (sans quoi je me serais débrouillée de toute manière).

Puis même, j’avais peur, une trouille monstre des gens sur la route et ce, même en tant que passager. D’ailleurs, quand on faisait la route pour le Portugal en voiture avec mes parents, je dormais la plupart du voyage (avec de l’aide, un peu comme pour les animaux), histoire de ne pas péter un câble durant le trajet.

Alors quand j’ai essayé de commencer à passer le permis (à 17 ans et demi), j’ai d’abord cru que j’avais juste peur de le passer, donc je me suis lancée, même si c’était l’idée de mes parents plutôt que la mienne (je ne leur en veux pas, c’était pour me rendre service, pas pour me nuire).

Le code ? C’était les doigts dans le nez, ça ne m’a jamais fait peur, c’était écrit, c’était dans une salle et pas dans une voiture, donc nickel ! Je l’ai passé assez rapidement, l’ai eu du premier coup, puis ça s’est gâté.

Les premières heures de conduite, j’avais peur, mais je mettais toujours cette peur sur le stress de passer un examen officiel, comme à chaque fois que j’en passais un.

J’avais une monitrice très douce, très prévenante et malgré que la boule au ventre avant et pendant chaque heure de conduite, j’étais persuadée que ça passerait avec l’expérience.

Puis ma monitrice est partie et j’ai eu le patron à la place. Il me criait dessus, je pleurais après chaque heure de conduite et j’étais encore trop jeune pour l’envoyer sur les roses comme je l’aurais fait aujourd’hui (et comme je l’ai fait pour récupérer mon dossier). J’ai quand même continué mes heures, il m’en rajoutait toujours plus alors que je lui avais parlé du fait que j’étais tétanisée, mais alors que je n’étais pas prête, il m’a présenté au permis, plusieurs fois. Encore une fois, mon manque de confiance en moi l’a laissé faire et je me rendais malade à chaque fois. Je ne réussissais pas, j’étais complètement paniquée mais je continuais pour ne pas décevoir mes parents qui avaient payé tout ça.

Finalement ? J’ai arrêté d’aller à mes heures, j’ai abandonné et le seul stress que j’avais était de trouver des excuses à mes parents. Mais je n’étais plus paniquée à l’idée de conduire, je n’étais pas prête et le comprenais seulement.

Avant de partir vivre sur Bordeaux, à mes 25 ans, je suis allée récupérer mon dossier du permis à l’auto école, et le charmant patron ne voulant pas me le rendre, j’ai du hausser le ton (non en vrai, j’ai un peu gueulé histoire de faire du bruit devant ses clients) et lui rappeler la loi.

*

Arrivée sur Bordeaux, je n’ai même pas envisagé de le passer car je vivais à côté du tram que je prenais pour aller bosser en centre ville. Alors oui, faire les courses sans permis c’est pénible, mais on était deux et on s’en sortait. Le seul hic, c’était le chéri qui vivait à l’autre bout de Bordeaux, mais bon, les transports étaient encore une fois bien desservis.

Vous connaissez la suite, je suis tombée enceinte, Gabriel est arrivé et ça a été mon élément déclencheur. J’avais besoin du permis pour les courses avec lui, pour aller dans les parcs qui ne sont pas à côté, pour lui, et pour moi.
C’était la première fois que j’en avais besoin, et j’ai fini par sauter le pas après quelques mois de réflexion, soit 10 ans après le premier essai.

J’avais peur, mais je suis rentrée dans une première auto-école qui ne m’a pas du tout donné confiance. J’ai poussé la porte d’une seconde auto-école, une petite, avec un seul moniteur qui était le patron et je lui ai expliqué mon cas, mon passé d’apprenti conductrice en carton, et cette peur. Il m’a écouté, il m’a mise en confiance et j’ai commencé les cours de code.

Bon alors le code, comme 10 ans en arrière, c’était le plus simple. Pas de pression (sauf le jour de l’examen), pas de soucis, je l’ai eu du premier coup avec une faute.

J’ai commencé la conduite avant même d’avoir le code, avec cette boule au ventre constante, mais un moniteur vraiment top, qui n’a pas hésité à s’arrêter plusieurs fois pour que je me calme (et qui m’a même fait revenir à l’auto-école un jour pour que je boive un café pour me calmer lors d’une petite crise d’angoisse). Il a été tellement patient avec moi, alors que j’étais probablement sa cliente la plus tarée pénible. C’est une perle !

Six mois après mon inscription dans son auto-école, je passais le permis. Onze ans après les échecs consécutifs, je l’obtenais du premier coup, avec une note de 27/30. J’ai pleuré ce jour là, pleuré de soulagement, pleuré de joie mais surtout, pleuré de fierté envers moi-même, car j’avais réussi à surmonter cette première étape pour avancer avec cette peur.

J’ai eu de l’aide financière de mes parents et beaux-parents, et je ne les remercierai jamais assez. Ma belle-sœur et mon beau-frère m’ont aidé pour la recherche de la voiture, et eux aussi, ont été d’un soutien précieux (merci). ♥

Permis
Gabriel, ravi de piquer la place de maman  de temps en temps !

Les premières semaines après l’obtention du Graal, c’était folklorique :

  • Je calais très trop souvent (sous les klaxons des connards usagers)
  • Je refusais de me garer entre deux voitures, (j’étais la personne qui se garait à l’autre bout du parking pour être tranquille)
  • Je fuyais les créneaux (c’est toujours un peu le cas, mais parfois, je n’ai pas le choix)
  • Je ne prenais pas la rocade (sauf exception)
  • Je n’allais pas loin (genre 5/10km de la maison max)
  • Je ne doublais pas (ni les bus en ville, ni les camions sur la rocade)
  • J’avais cette boule au ventre quand je transportais mon fils ou ma nièce
  • Je faisais le maximum pour ne pas conduire en présence d’un passager adulte (susceptible de me juger #parano)

Puis progressivement, j’ai pris de l’assurance, ça a mis du temps, un an, mais ça s’est passé de mieux en mieux.
Ça s’est nettement amélioré quand j’ai trouvé du boulot, car je devais prendre la rocade presque tous les jours, je devais me garer en plein Bordeaux et je devais conduire sur les boulevards, avec les autres usagers.

Aujourd’hui, ça fait presque un an et demi que j’ai le permis, toujours avec mon petit A et mes petites peurs quotidiennes, mais je ne suis plus prisonnière de mes démons et je n’ai plus peur de la rocade, de me garer entre deux voitures (en marche arrière, dans les règles), de prendre des passagers avec moi, de rouler dans Bordeaux (même si je déteste ça), de transporter mon fils ou ma nièce, de doubler,… Bon, ok, j’ai encore peur des créneaux (je suis une brêle, c’est toujours un spectacle) et des routes inconnues, mais c’est vraiment rien par rapport au départ. J’en suis la première étonnée parfois !

Bon, maintenant, j’insulte je râle sur les autres…

*

A toi qui me lis, qui a peur, qui a la pression de ton entourage ou de tes proches : Passe le permis pour toi, pas pour les autres. Passe-le quand tu auras envie/besoin, quand tu seras prêt(e). C’est possible, mais c’est toi qui décides, règle numéro 1 !
Règle numéro 2 : N’hésite pas à faire plusieurs auto-écoles si tu n’es pas à l’aise (même si plusieurs personnes ont été dans la même et qu’ils te la recommandent, je l’ai vécu).

Bon courage à ceux qui sont en train de le passer, ceux qui reculent le moment de peur de se lancer, ceux qui ont eu du mal comme moi, ceux qui l’ont mais qui sont encore angoissés, à tous…

Et toi, permis, pas permis ? Peur, pas peur ? Dis-moi tout !

Laetitia

6 commentaires sur “Pourquoi j’ai mis 10 ans à passer le permis.

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  1. J’ai eu mon permis à 30 ans,après 3 passages entre 18 et 25 ans…comme toi jetais tétanisée lors de l’examen,l’angoisse me donnait l’impression de sortir de mon corps et je me voyais tout rater!
    La naissance de ma fille a aussi été décisive,j’ai repasse le code et commence la conduite supervisée avec mon chéri! Ça m’a beaucoup aidé et j’ai obtenu mon permis!
    Bon c’était il y a 4 mois et j’en suis encore au stade où je n’ose pas essayer de me garer entre deux voitures,que ce soit en créneau ou en bataille!
    En tout cas je prends confiance au volant et ton article me rassure sur la suite!

    Aimé par 1 personne

    1. Au bout de 4 mois j’étais dans le même état que toi donc crois en toi et ça ira ! On continue d’apprendre en ayant le permis. Puis n’hésite pas à prendre le volant le plus souvent possible, ça m’a vraiment aidé.

      Félicitations pour ton permis ! 😘

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